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Cinquante ans de passion

vendredi 26 avril 2019, par Nicole NIEL

Ce dimanche 6 avril 2019 est un jour exceptionnel. En effet ce matin, pour des raisons géographiques ( Naïs étant de Mollégès et Marie-Sara de Port Saint Louis du Rhône) la caille-belle va être coiffée et préparée par sa marraine, notre Reine d’Arles. Le choix du lieu a été stratégique, nous habitons à quelques 200m de la Salle Morisot...! C’est la première fois que je suis seulement spectatrice de la transformation magique d’une Ninoïo en Mireieto.
Et c’est dans le plus profond silence, sans que je n’intervienne en aucune façon, que sous mes yeux émerveillés la caille devient "Chatouno". Pour moi, juste le plaisir, le privilège de regarder....un délice ! Quelle belle complicité entre la marraine et la filleule...Quelle belle lumière anime les yeux de Marie-Sara et quelle magnifique concentration dans le regard de Naïs...Je me laisse emporter par cet exceptionnel moment et la magie qui s’opère sous mes yeux.

Et forcément, je me revois quarante ans plus tôt, en train de préparer Lydie...qui n’a jamais été Mireieto puisque cette tradition n’était pas encore née !! Mais depuis sa petite enfance, comme la caille, elle a été plongée dans l’ambiance "costume". Je l’ai toujours mise en situation de reconnaitre les textiles, d’associer les couleurs, et de composer ses costumes. L’apprentissage de la coiffure s’est fait naturellement, sans même qu’on s’en rende compte...Et je mesure, du coup la différence énorme qui sépare l’approche de ces deux fillettes, Marie Sara aujourd’hui , Lydie dans les années 80 et la mienne quinze ans plus tôt !!!!

Je n’ai pas eu la chance de naître dans la culture du costume. Bien sûr, comme toutes les fillettes d’ici, j’ai été coiffée pour quelques Pégoulado, mais c’est tout ! Il m’est resté d’une arrière grand-mère paternelle des costumes noirs, un ou deux Velout, et des rubans de deuil...
Mais le destin en avait décidé autrement et c’est grâce à la rencontre avec mon futur mari que le costume est venu à moi, pour participer avec lui aux fêtes provençales organisées alors par la confrérie des gardians. La première étape fut de me laisser pousser les cheveux... Pendant ce temps j’ai regardé, regardé et encore regardé les autres ... j’essayais de comprendre !!! Puis le grand jour est arrivé ou l’on m’a prêté un costume et tout ce qui va avec. C’est à Salin de Giraud, où je suis née, que Nerto NAUDOT(...oui oui la fille de Carle Naudot ) s’est occupé de moi. D’emblée j’ai commencé les bêtises...Me laver les cheveux la veille, moi qui ai les cheveux fins et lisses, raides et rebelles !!!!! A cette époque là, pas de laque, pas d’appareil à gaufrer, pas d’entourloupes possibles ...La galère !!!!! Et puis j’avais consciencieusement repassé en appuyant bien, les plis de la gaze....OUI OUI ... Je l’ai fait, et bien d’autres prouesses encore !!!!! Toutes les bêtises je les ai commises puis comprises !!!! Du coup, sachant que d’autres pourraient tomber dans ces pièges, j’ai choisi d’en parler, de les expliquer afin de les éviter. Quand, sans même s’en rendre compte, on ne sait pas grand-chose du costume, on commet des erreurs.
Il m’a fallu des années pour apprivoiser ce costume !!!
Mais je n’ai pas oublié ce qu’est la naïveté du début...Aussi démesurée que le bonheur de porter pour la première fois la coiffe d’Arles...Naïveté mêlée à l’inconscience de tout ce qui sera pourtant incontournable, absolument nécessaire...Ce premier bonheur est tellement fort, tellement puissant qu’il écrase toute interrogation, toute lucidité quand à l’image que l’on donne à voir !!!

Mais je ne m’arrêtai pas là, n’étant pas satisfaite, je cherchai alors à savoir pourquoi l’Arlésienne me semblait naturellement belle, et pourquoi certaines l’étaient plus que d’autres. Cette question m’a taraudé des années.
Si bien que, de l’ invitation de mon fiancé à prendre la coiffe, est née une grande passion, qui m’habite toujours, et qui m’a engagé sur le chemin de l’écriture et toutes sortes d’autres productions en liaison avec le costume. J’y ai retrouvé mes premières amours dans le travail de l’argile aujourd’hui coulées en bronze...J’ai entrainé ma fille dans cette voie. Elle réalise aujourd’hui des merveilles dans la restauration des tulles anciens, avec une patience que je n’aurais jamais soupçonnée...Jusqu’où peut mener l’amour de notre costume..?
Voila donc plus de cinquante ans que je cultive ma passion, que j’étudie les documents anciens et forge mon regard à détecter les différentes manières de faire. Comment la beauté nait-elle de l’assemblage de tous ces éléments textiles ? Comment ont-ils été choisis ? Comment la personnalité d’un visage est-elle révélée par le bon choix d’un style de coiffure et valorisée par la façon de poser le ruban... C’est aujourd’hui le combat que je mène...
Faire comprendre que pour moi, l’Arlésienne, la vraie, n’existe que si elle est belle... que c’est dans ce cas seulement qu’ une véritable aura l’enveloppe ...et là, chacun l’admire ! Faire comprendre que cette beauté là passe forcément par l’appropriation des connaissances et la pratique assidue des gestes ancestraux.

La tradition peut venir de nos proches lorsqu’on est enfant, c’est ce qui t’est arrivé Marie Sara, et ton chemin est tout tracé...Tu seras demain une belle "chato". Mais la tradition peut également s’acquérir avec une forte volonté, beaucoup d’amour et d’humilité lorsqu’on est adulte et pas forcément d’ici...

J’en témoigne !!!!!!!

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