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Le livre de notre histoire

vendredi 23 mars 2018, par France Simian

Le costume est intrinsèquement lié à la culture du pays d’Arles et à son histoire. Mais il est aussi intrinsèque à nos vies, à nous qui le portons.
Il est très difficile de parler de ce que l’on a au plus profond de soi, alors en réfléchissant à ce que j’allais écrire sur le costume, je me suis amusée à rechercher quel était mon plus lointain souvenir, et c’était dans une chaise haute en bois. Je tenais le cordon pourtant bien noué de mon petit bonnet blanc pendant que ma maman me donnait cuillère par cuillère mon goûter. Probablement mon premier petit costume de chatouno.

Puis j’ai cherché mon plus beau souvenir, et là c’est le souvenir des instants où le costume a pris toute son importance et où il s’est ancré en moi comme valeur :
Ce devait être vers 1978 j’avais 8 ou 9 ans.
Mme Granier, épouse de feu docteur Granier d’Arles, avait fait de sa grande demeure un hôtel à côté de la place du forum. Bretonne de naissance, elle vouait un amour infini pour le pays d’Arles et son patrimoine. Tout l’hôtel était meublé avec du mobilier provençal ancien. Des merveilles qui sentaient bon la cire d’abeille. Une pièce restait secrète, personne n’avait le droit d’y rentrer. Puis un jour où je suis montée voir cette grand-mère de cœur pour lui montrer mon petit costume de Mireille, elle m’a dit
- Viens voir.
Je l’ai suivie, elle a sorti un trousseau de grosses clés et a déverrouillé la pièce secrète. C’était un bureau, avec au fond, une grande armoire en noyer dont elle ouvrit la porte. Le grincement je l’entend encore, comme la musique d’un grand suspens.
Et en defaisant une à une les boîtes elle m’a raconté...
Dans ces boîtes, soigneusement emballées dans du papier de soie, se trouvaient toutes les pièces pour porter le costume. C’est son mari qui avait toujours géré les finances, mais quand elle allait faire les courses, elle gardait toujours une pièce ou deux de monnaie, et quand la cagnotte était suffisante, elle allait acheter tissus et accessoires. Son ruban, elle l’a eu en cadeau par une patiente de son époux. Tout était réuni pour être une belle Arlésienne et pourtant elle ne s’est jamais autorisée à porter le costume. Le secret était resté secret jusqu’à ce jour.

Quel honneur pour moi !
Quelle tristesse pour elle !
Je lui ai demandé pourquoi !?! Elle m’a dit " je suis Bretonne, personne ne m’a appris et je n’ai pas voulu mal faire."
Alors ce jour là j’ai compris la valeur du costume mais aussi l’importance de la transmission. Et depuis ce moment là le costume, je le porte dès que j’en ai envie, fête ou pas. Occasion ou pas. Elle ne s’est jamais autorisée à le porter, je me l’autorise quand j’en ai envie, toujours en pensant à elle.

Et enfin je me suis remémorée les moments forts où j’ai porté le costume, très souvent, pour ne pas dire toujours, liés à la bouvine. Gardians, Arlesiennes, même culture, même passions. Et nous les filles avons la chance de pouvoir avoir les deux "casquettes", le travail de gardian ayant de plus en plus de filles dans ses troupes.

En costume, on est toujours fières. Certains moments ont été plus intenses : ma première participation à la Capelado de cocarde d’or, la première fois que je suis entrée à la manade Aubanel, les 1er mai pour la fête de gardians (dont cette superbe journée des 500 ans de la confrerie de St Georges) , des remises de prix en courses, mariages etc... et dernièrement les obsèques de Pierrot (Pierre Aubanel).

C’est la transmission qui risque de disparaître et elle est pourtant si importante. Pour que plus jamais il y ai des filles qui n’osent pas. Le costume est populaire dans le sens le plus noble du terme et il est important qu’il le reste. C’est un livre d’histoire mais qui n’a pas le temps de prendre la poussière. Il s’écrit toujours. Alors de temps en temps il est bon de se replonger dans les premiers chapitres pour mieux écrire les suivants.

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