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Reflet des yeux, reflets du coeur.

dimanche 6 janvier 2019, par Suzanne Nolet

Première Publication 5 février 2013

Témoignage d’un regard de femme, loin d’être originaire du pays d’Arles, ni même de Provence, mais qui a choisi de s’établir ici.

Je suis comme un nouveau né, arrivant dans un monde dont il ignore tout et avance avec prudence. Je n’ai donc aucun a priori, ni d’idées préconçues. J’ai découvert l’Arlésienne avec un grand A, il y a trente ans, tout à fait par hasard, lors d’un passage dans la région. Nous étions avec nos trois filles et nous nous étions arrêtés aux Antiques de Saint-Remy où se trouvaient quelques chevaux de Camargue, montés par leur gardian et son Arlésienne. Nous avions été impressionnés tous les cinq par leur prestance, leur noblesse, leur maintien. Ce fût le premier contact avec Elles. C’est une image qui m’a marquée. Pourquoi ? Je ne peux me l’expliquer. Durant trente années, nous sommes restés fidèles à la Provence. Chaque année, nous sommes revenus, sillonnant toute la région pour profiter de toutes les manifestations "touristiques". J’en ai gardé de magnifiques souvenirs, le plus marquant restant ce passage à Saint-Remy.

Plus tard, en s’installant définitivement ici, ma curiosité s’est renforçée. Je voulais en savoir plus des traditions si vivantes de la région, même s’il fallait parfois en forcer un peu les portes.

Concernant l’Arlésienne, ce n’était pas seulement la beauté de la silhouette qui me touchait, mais le reflet de son coeur. Je me suis aperçue que les bases étaient profondes ; lorsque le contact était établi, les barrières de la méfiance rompues, elles me communiquaient la profondeur de leurs sentiments, de leur savoir. Leur passion est devenue ma passion. Le résultat est flagrant : je suis conquise.

Pour certaines d’entre elles, la passion est nouvelle et le soutien de leur famille ou de leurs proches est primordiale ; sans ce soutien, ce doit être bien difficile aux jeunes filles de trouver le chemin. Pour d’autres, elles suivent les pas de leur mère ou grand-mère, découvrent des costumes anciens dans les malles oubliées des greniers et c’est comme si les gênes familiaux revenaient tout à coup en surface. Je me suis aperçue, en écoutant leur récit, en participant à diverses manifestations comme la fête du costume, la fête des gardians ou l’hommage rendu à Mistral, qu’il n’y a pas que le costume, mais un monde plus profond que beaucoup défendent avec passion et aussi, parfois, avec découragement devant l’incompréhension de certains. C’est un peu comme un magnifique bâteau amarré lors d’une tempête, son ancre solidement plantée dans les fonds marins, les maillons reliant l’ancre au navire. Tout dépend de la solidité de la chaîne ; même si l’ancre ni la chaîne ne se voient, elles sont nécessaires et vitales.

Il est presque inutile de dire que l’Arlésienne représente la grâce, la beauté, l’élégance, la gentillesse et le sourire. Son allure parfois altière me permet de m’évader d’un monde tumultueux où les valeurs se perdent petit à petit alors qu’elles représentent la base d’une société et d’une région. L’Arlésienne et son costume sont des valeurs sûres auxquelles nous pouvons encore nous raccrocher pour le bien des futures générations.

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