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Une histoire, un terroir et un patrimoine

lundi 5 novembre 2018, par Elsa Foucaran

Ma maman est originaire de Lyon et mon papa du Cailar. Mon papa a toujours été baigné dans le milieu de la bouvino, grâce à mes grands parents et arrières grands parents, grands afeciounas des courses camarguaises. Mes frères et moi nous avons été de suite au contact des taureaux et des chevaux, nous passions nos après-midis dans les marais à cheval et quand il pleuvait trop nous jouions dans notre jardin avec un frontal, à refaire les plus beaux quart d’heure de nos taureaux vedettes.
A l’âge de 7 ans, ma marraine de baptême Jacqueline EDO (originaire de Barbentane) et ma maman m’ont un jour costumé en chatouno pour une course camarguaise. Que demander de mieux ? Allier la fé du biou, au plaisir de ressembler aux femmes que j’admirais dans les capelado.
Mes parents, comme ma marraine, ne m’ont jamais « forcé » à me costumer et ils m’ont toujours encouragé dans le plaisir de le porter et d’en trouver des avantages. Par la suite mon papa m’a fait rencontrer Séverine MALET, le maître de danse du groupe folklorique de mon village la Pichoto Camargo et là, j’ai eu un énorme déclic ! Je pouvais combiner la danse, à mon costume et à la bouvino ! Séverine et Richard BONNOT SALTET m’ont ensuite formé au maître à danser et m’ont transmis leur amour de la danse et du costume. Au travers du regard de Richard j’ai compris que le costume d’Arlésienne, n’était pas un costume enfermé dans une époque, une région… Grâce à ses chorégraphies ( « l’eau de là » « 4 saisons » ) et à sa vision du costume, j’ai pris conscience que je portais une histoire, un terroir et un patrimoine, qu’il devait être maintenu dans son temps actuel, en s’ouvrant aux personnes extérieures, en traversant les frontières et bien sûr en étant irréprochable pour porter le meilleur message de maintenance, chez nous et chez les autres.
Mon rapport au costume d’Arlésienne, à la langue Provençale et à la bouvino est très intime. Nos traditions font partie de moi, c’est mon identité, elles m’ont vraiment orienté sur ma façon d’être :

  • la bouvino m’a appris qu’en tant que femme, je devais faire ma place à cheval comme sur les planches d’un camion. J’ai appris à ne pas me décourager, à m’adapter face aux hommes quelque peu rustres à certains moments.
  • la langue provençale m’a bercée, et m’a fait prendre conscience du danger qu’elle encourait, que nous devions la garder précieusement et la faire perdurer.
  • le costume d’Arlésienne m’a appris à avoir une prestance, d’être perfectionniste sur ma coiffe, mon costume et ma façon d’agir, de parler. Grâce à ce costume, j’ai pris confiance en moi et j’ai compris qu’il fallait toujours se remettre en question pour bien le porter.

Aujourd’hui, je suis heureuse de porter ce costume, de pouvoir monter en amazone en manade, d’accompagner mon frère en course camarguaise et de le partager en famille. Grâce à mon diplôme de maître à danser, j’ai pu transmettre mon amour de la danse et du costume dans mon groupe, aux jeunes filles et aux dames qui m’en apprennent toujours. Et depuis quelques mois j’ai repris la présidence de mon groupe, la Pichoto Camargo, la tâche n’est pas facile, il faut contenter tout le monde sans perdre l’ambition de transmettre, promouvoir et maintenir nos traditions, notre bouvino et nos costumes.

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