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Une quête

lundi 19 mars 2018, par Clément Trouche

L’Arlésienne, c’est pour moi, une quête !
La place qu’elle occupe dans ma vie est centrale. Ce que je cherche, c’est pour elle. Ce que je trouve, c’est grâce à elle.
Donc je cherche, et je trouve !
J’en parle parce que je la côtoie, la touche, l’appréhende, c’est un comble d’employer tous ces mots pour ce mythe !

N’essayant pas uniquement de valoriser ces beaux aspects, elle le fait seule et à merveille, bien au contraire.
Je cherche à comprendre ce qui la rend encore si vivante. Car certains pensent l’Arlésienne comme une icone, c’est évidement le cas pour celles d’hier, figées par l’image ou le souvenir.
l’Arlésienne d’aujourd’hui et de demain est un Symbole.
Au delà du matériel, du vêtement, du bijou, de l’accessoire dont elle se pare, être Arlésienne c’est un état d’esprit.

Le dépassement de soi.

Par quel miracle la fille la plus introvertie, la plus mal dans sa peau, la moins désirable, la plus "hors normes" se retrouve à renvoyer l’image contraire de ce qu’elle pense être sa nature, lorsqu’elle sort de chez elle en Arlésienne.
Ou comment une jeune fille de 20 ans, en plein apprentissage de la vie, se retrouve plusieurs fois par semaine, et pendant trois années," à jouer" à la Reine parmi les grands ?
Le costume est un prétexte, c’est le mental, cet état d’esprit qui la transcende. L’époque de son ruban, la matière de son fichu ou la couleur de son eso ne sont là que pour renforcer la sensation et le mythe.
Mais l’incroyable, c’est que ce renfort est indispensable à la lecture du rôle, le costume est un masque sincère car il cache tout sauf le vrai visage.

Être Arlésienne c’est être actrice, ou danseuse et improviser sur "sa" scène, sans scénario, sans directives, juste être, sans craintes.

L’Arlésienne n ’est pas là pour défiler, rangées au son des galoubets.
Chacune a un message à faire passer dès lors qu’elle décide d’avoir les cheveux assez longs pour se coiffer, y glisser son peigne, structure indispensable pour que le résultat soit solide, esthétique et unique.
Mais le groupe donne du poids, alors servons-nous en !
A l’instar de ce peigne, ici on grandit comme cette coiffure, avec des bases solides.
Le costume n’est pas accessible seulement aux femmes, ni même uniquement à celles possédant la longueur nécessaire de cheveux pour le porter. Heureusement !
Ce costume est en quelque sorte un véritable art de vivre pour beaucoup.
Une flamme ardente du désir de l’homme pour sa femme, un trait d’union incroyable entre mères et filles, une fierté incontrôlable entre grand-parents et petits-enfants voire arrières petits-enfants, il a une fonction de lien intergénérationnel que peu d’activités ont.

Porter ce costume c’est laisser de côté les petits soucis pour ne marcher que sur la corde du bonheur en jouant de la séduction et de l’affirmation.
Comportement que l’on juge, que l’on montre du doigt en temps "moral".
Laisser parler une part cachée de soi que notre culture ou l’environnement familial amenuise.
Mais que chaque femme assume en disant naïvement qu’elle porte le costume parce qu’elle se sent "belle" !

Aujourd’hui l’Arlésienne tient la place qu’elle occupe, en partie grâce à ce pouvoir phénoménal qu’elle a sur les femmes mais aussi par répercussion sur les hommes.
Elle véhicule un vrai message immatériel et universel.

Depuis des siècles elle est reconnue pour sa beauté et son audace, mais elle n’est pas que cela...
L’abandon quotidien du costume permet alors de le placer au rang de passion pour la population intéressée, nombreuse en Pays d’Arles.

Les gestes se transmettent par filiation encore quelquefois, ou sous diverses manières mais de plus en plus jeune et surtout de plus en plus rapidement.

La Vie du Costume, cet Art, n’est pas fini car elle est l’interprétation pour chacun, d’un idéal.

Il est souvent difficile pour nous de se revendiquer, comme dans les autres régions de France où les voix s’élèvent pour se faire entendre.
Ici, les voix ne s’élèvent pas car elles nous bercent depuis toujours et nous accompagnent au quotidien, comme une grand-mère rassurante qui ne laissera jamais la mort l’emporter.
Ici, petits, on joue au gardian, au razeteur, ou à la Reine d’Arles...... immatériellement vivant non ?

Mais quelquefois il est utile de vouloir exister d’avantage, de s’assumer et de penser que demain nous ne perdrons pas tout, par une mauvaise maîtrise, ou par le choix des autres...

Clément TROUCHE

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